Aller au contenu

Comment j’estime un projet.

Note de studio. « Combien pour un site de cinq pages ? » n’a pas de réponse, parce que le nombre de pages ne dit presque rien du travail. Voici ce que je regarde réellement pour chiffrer.

Publié le
Format
Processus
Lecture
05 min
Référence
FSJ-S03
Carnet avec un découpage de projet en lots et des estimations chiffrées, crayon et règle

Ce que je regarde en premier

  • Le niveau de sur-mesure : gabarit réutilisé, mise en page dessinée, ou animations spécifiques.
  • L’état des contenus : déjà écrits, à retravailler, ou entièrement à produire.
  • Le nombre de gabarits différents, bien plus déterminant que le nombre de pages.
  • Les fonctionnalités : formulaire simple, réservation, espace client, connexion à un outil existant.
  • Le nombre de personnes qui valideront, et la façon dont elles décideront.

Deux sites de cinq pages peuvent varier du simple au triple sur ces seuls critères. C’est pourquoi un prix annoncé sans discussion est soit une moyenne qui ne vous concerne pas, soit une promesse qui se corrigera plus tard.

Découper en lots

  1. 01CadrageObjectifs, publics, arborescence, priorités. Le lot le plus rentable : il évite de produire ce qui ne servira pas.
  2. 02Direction créativeUnivers visuel, gabarits clés, composants. Ce qui donne son caractère au projet.
  3. 03ProductionIntégration, développement, mise en place des contenus, tests.
  4. 04Mise en ligne et passationRecette, déploiement, formation, documentation.

Chiffrer par lot rend le devis lisible et permet d’arbitrer : si le budget est contraint, on réduit la production plutôt que le cadrage, qui coûte peu et évite les erreurs chères.

Ce qui fait déraper un budget

  • Les contenus qui arrivent en retard, ou qui changent après validation des maquettes.
  • Les circuits de validation flous : trois avis contradictoires, aucune décision.
  • Les demandes ajoutées en cours de route, qui semblent petites une à une.
  • Les intégrations avec des outils tiers dont on découvre les limites en chemin.

Estimer, ce n’est pas deviner

J’estime à partir des projets déjà livrés, pas d’une intuition. Pour chacun, je connais le temps réellement passé par lot : c’est cette base, alimentée projet après projet, qui rend les devis suivants plus justes.

Sans cet historique, on sous-estime systématiquement — parce qu’on se souvient du projet idéal, pas des trois semaines d’attente de contenus ni des deux réunions supplémentaires.

Le temps qu’on oublie de compter

  • Les échanges : réunions, comptes rendus, relances, réponses aux questions.
  • Les allers-retours de validation, y compris ceux qui reviennent sur une décision actée.
  • La reprise des contenus fournis : fichiers dans tous les formats, images à recadrer, textes à harmoniser.
  • Les tests sur appareils réels, souvent programmés en fin de projet, donc comprimés.
  • La passation : documentation, session de prise en main, enregistrement.

Sur un projet de taille moyenne, ces postes représentent facilement un quart du temps. Les oublier revient à sous-estimer d’autant — et à rogner ensuite sur la qualité pour tenir le prix annoncé.

Forfait ou régie

Le forfait rassure le client : il connaît le prix à l’avance. Il suppose en contrepartie un périmètre précis et stable, donc un cadrage sérieux avant de chiffrer.

La facturation au temps passé convient mieux aux projets flous, aux évolutions continues et aux accompagnements. Elle demande une confiance réciproque et un suivi transparent : temps déclaré, points réguliers, plafond convenu.

  • Projet défini, livrables clairs : forfait, avec un avenant pour tout ajout.
  • Besoin exploratoire, périmètre mouvant : régie, avec un plafond et un point hebdomadaire.
  • Maintenance et petites évolutions : enveloppe mensuelle ou forfait annuel.

Le budget et la contrainte

Demander le budget n’est pas indélicat : c’est ce qui permet de proposer quelque chose de réaliste. Une même demande peut se traiter à trois niveaux d’ambition, et sans ordre de grandeur, on perd du temps à chiffrer la mauvaise version.

Quand le budget est inférieur à ce que le projet demande, deux réponses honnêtes existent : réduire le périmètre — moins de gabarits, contenus fournis par le client, fonctionnalités reportées — ou décliner. La troisième, accepter en espérant que ça passe, finit mal pour tout le monde.

Donner une fourchette tôt

Je préfère annoncer un ordre de grandeur dès le premier échange, quitte à le préciser ensuite. Cela évite trois rendez-vous pour découvrir que l’écart est de un à cinq — une perte de temps pour le client comme pour moi.

Un devis n’est pas un prix : c’est une description du travail, avec un prix à la fin.
À retenir

L’essentiel en 4 points.

  • 01Le prix vient du niveau de sur-mesure, pas du nombre de pages.
  • 02Les contenus non prêts sont la première cause de dépassement.
  • 03Un devis honnête annonce aussi ce qu’il ne contient pas.
  • 04Une fourchette donnée tôt fait gagner du temps aux deux parties.
Tout le Journal →